DPE : quand votre logement change de classe… sans aucun travaux
Le DPE n’a probablement pas fini de nous surprendre.
En quelques années, nous sommes passés d’un DPE essentiellement informatif, auquel finalement peu de personnes prêtaient réellement attention, à un DPE opposable, devenu incontournable lors de la vente ou de la location d’un logement.
Aujourd’hui, l’étiquette énergétique est attendue et scrutée par les propriétaires, les acquéreurs et les locataires. Elle peut influencer une décision d’achat, une négociation, un projet de location et même, pour certaines catégories de logements, leur possibilité d’être loués.
Le DPE fait donc beaucoup parler. Et pour cause !
Comment obtient-on la consommation d’un DPE ?
Pour simplifier, le DPE évalue la quantité d’énergie consommée sur une année à partir des caractéristiques du logement et des calculs réglementaires, puis la rapporte à sa surface habitable.
Prenons donc un exemple volontairement simplifié pour comprendre ce qui peut se passer.
Imaginons un logement de 100 m², pour lequel les calculs aboutissent à une consommation de 10 000 kWh par an.
Tout paraît simple.
Mais voilà : lorsqu’il s’agit d’un logement chauffé à l’électricité, un coefficient intervient dans le calcul.
Et ce coefficient a changé plusieurs fois.
Lorsque le coefficient était de 2,58
10 000 × 2,58 = 25 800 ÷ 100 m² = 258 kWh/m²/an → E
Puis le coefficient est passé à 2,3
10 000 × 2,3 = 23 000 ÷ 100 m² = 230 kWh/m²/an → D
Depuis le 1er janvier 2026, il est de 1,9
10 000 × 1,9 = 19 000 ÷ 100 m² = 190 kWh/m²/an → D
Et au 1er janvier 2027, il passera à 1,7
10 000 × 1,7 = 17 000 ÷ 100 m² = 170 kWh/m²/an → C
Bien entendu, cet exemple est volontairement simplifié pour illustrer le principe : un véritable DPE prend en compte de nombreux paramètres et son étiquette ne se résume pas à cette seule opération.
Mais regardons quand même ce qui vient de se passer.
Le logement n’a absolument pas changé.
Même isolation.
Même chauffage.
Mêmes fenêtres.
Même logement.
Aucun travaux. Aucun euro dépensé.
Et pourtant, dans notre exemple, nous sommes passés de :
258 → E
à
230 → D
puis
190 → D
et enfin
170 → C
Alors une question mérite quand même d’être posée :
Le logement est-il réellement devenu plus performant ?
Non.
Consomme-t-il soudainement moins ?
Non plus.
A-t-on remplacé les fenêtres, isolé les murs ou changé le système de chauffage ?
Toujours pas.
C’est la règle de calcul qui a changé.
Et ce n’est pas une hypothèse : le coefficient applicable à l’électricité est bien passé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026, et son passage à 1,7 au 1er janvier 2027 est déjà acté. Le Gouvernement indique d’ailleurs que cette dernière modification améliorera le classement de nombreux logements chauffés à l’électricité, sans qu’un logement puisse voir son étiquette se dégrader du fait de cette mesure.
Plus étonnant encore : pour les DPE concernés déjà réalisés, il sera possible d’obtenir une attestation actualisant l’étiquette sans nouvelle visite du diagnostiqueur.
Autrement dit : le diagnostiqueur ne revient pas, le logement ne change pas, aucun travaux n’est réalisé… mais l’étiquette peut changer.
Alors, que vaut réellement une lettre ?
C’est là que, comme diagnostiqueur, je pense qu’il est légitime de s’interroger.
Je ne remets pas en cause la nécessité de faire évoluer une méthode lorsqu’elle doit être corrigée ou adaptée. L’État justifie notamment ces évolutions par une meilleure prise en compte de l’électricité produite en France et de sa décarbonation.
Mais il faut aussi expliquer aux propriétaires une réalité très simple :
l’étiquette de leur DPE ne dépend pas uniquement de leur logement. Elle dépend aussi des règles de calcul en vigueur au moment où le diagnostic est établi.
Et ces règles peuvent changer.
Et la responsabilité du diagnostiqueur dans tout cela ?
C’est probablement ce qui m’interpelle le plus en tant que professionnel.
Le DPE est aujourd’hui opposable. Le diagnostiqueur engage donc sa responsabilité sur les informations qu’il relève et sur le diagnostic qu’il produit.
Et c’est normal : un professionnel doit répondre de son travail.
Mais dans le même temps, nous devons appliquer des normes et une méthode réglementaire qui évoluent régulièrement et dont certains paramètres peuvent modifier sensiblement le résultat final.
Il faut alors expliquer au propriétaire que son logement nécessite éventuellement des travaux pour améliorer son classement.
Mais que dois-je lui répondre lorsque, quelques mois ou quelques années plus tard, son logement gagne une classe sans qu’il ait posé le moindre isolant, changé une fenêtre ou remplacé son chauffage ?
C’est là que le message devient difficile à entendre.
Un propriétaire pourrait presque être tenté de me demander :
« Finalement, plutôt que de faire des travaux, est-ce que je ne ferais pas mieux d’attendre le prochain changement de calcul ? »
Évidemment, améliorer réellement l’isolation ou les équipements d’un logement reste totalement différent d’une modification réglementaire de son étiquette.
Mais la question mérite d’être posée.
Car lorsqu’un document a désormais autant de conséquences sur la valeur, la vente ou la location d’un logement, sa compréhension par le public et la stabilité de ses règles deviennent essentielles.
Le DPE doit permettre d’informer.
Il doit permettre de comparer.
Il doit permettre d’orienter les travaux.
Mais il doit aussi rester compréhensible et crédible aux yeux de celui qui le reçoit.
Et lorsqu’un même logement peut voir son classement évoluer sans aucun travaux, il devient indispensable d’expliquer clairement pourquoi.
Parce qu’à défaut, un propriétaire finira peut-être par se dire :
« Pourquoi faire des travaux aujourd’hui ? Attendons… mon logement finira peut-être par changer de classe tout seul ! »



